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Charlène LAMBERT
1 novembre 2020
L'Hygiène Naturelle Infantile : késako ??

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L'Hygiène Naturelle Infantile : késako ??

L’appellation Hygiène Naturelle Infantile (ou HNI) recouvre différentes pratiques mais le concept général est le même : il s’agit d’aider l’enfant à éliminer son urine et ses selles sans lui mettre de couche. L’HNI consiste en une communication bidirectionnelle entre le nourrisson et le parent (ou la personne prenant soin de l’enfant), possible dès la naissance. Dans un sens, le parent est attentif aux signaux du bébé (gaz, pleurs caractéristiques, rougeurs, battements de jambes, etc.), dans l’autre, il l’invite également à éliminer. Il est aussi question de timing, le parent restant attentif aux régularités observées les jours d’avant[1]. Le nourrisson est placé sur les toilettes après un repas et chaque fois que le parent pense – à l’intuition[2] – que l'enfant peut avoir besoin d'éliminer. Le parent fait un bruit lié à l'élimination (souvent un « pssssss » pour l’urine et un « plop » pour les selles) et conditionne l'enfant à éliminer avec ce bruit.

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Source https://frenchyncarolina.blogspot.com/, bébé de 5 semaines.

Pratique traditionnelle dans de nombreuses régions du monde (Chine, Inde, de nombreux pays d’Afrique, etc.), c’est la canadienne Ingrid Bauer, maman de 3 enfants, qui a popularisé la pratique en Occident grâce à son livre « Natural Infant Hygiene: A Gentle Alternative to Long-Term Diapering » paru outre-Atlantique en 2001. Elle a imaginé un nom (Elimination Communication) pour cette pratique dès la fin des années 1990, pratique qu’elle renommera par la suite Natural Infant Hygiene, l’appellation que nous connaissons aujourd’hui. Dans son ouvrage[3], Ingrid Bauer présente l’Hygiène Naturelle Infantile sous des angles multiples : maternage proximal, déconstruction des mythes sur « l’apprentissage de la propreté », l’hygiène des bébés dans le monde entier, pourquoi adopter l’HNI et comment commencer, Mais également l’hygiène naturelle dans des situations particulières (handicap, monoparentalité, adoption, etc.), et trouver du soutien lorsque c’est difficile. Ce livre est riche de témoignages et de réponses pour tout parent qui souhaiterait se lancer.

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Source : http://liyifu.canalblog.com/, bébé chinois en pantalon fendu, cliché pris à Xi’an (Chine).

D’un point de vue médical, il a été prouvé que l’HNI comportait des avantages indéniables : l’apprentissage de la marche est facilité par l’absence d’obstacle entre les jambes[4], les problèmes de peau au niveau des fesses, dus aux frottements et à la macération, sont évités[5] ; enfin, l’enfant vide sa vessie plus complètement, ce qui réduit ainsi le risque d’infections urinaires[6]. L’HNI diminue l’âge de la continence. En Chine, où l’HNI est traditionnellement pratiquée, l’introduction et l’utilisation de la couche jetable depuis ces 10 dernières années augmentent l’âge moyen de la continence et les pipis au lit (énurésie primaire) au-delà de l’âge de 5 ans. L’utilisation massive de la couche depuis les années 50 a retardé d’un an et demi l’âge de la continence dans le monde, celle-ci passant de moins de 2 ans à plus de 3 ans[7]. L’utilisation de couches pour son enfant augmente l’âge de sa continence, mais une étude récente a montré qu’en allongeant l’âge du port de la couche, les risques de pipis au lit sont accrus à des âges avancés (parfois jusqu’à l’âge de 15 ans). D’après cette étude, c’est 1 enfant sur 10 qui serait concerné par ces « accidents » nocturnes tardifs lorsque la couche est retirée à l’âge de 3 ans et plus, posant des difficultés sur la vie sociale des adolescents (impossibilité de dormir chez des copains, mal-être, etc.)[8]. L’HNI contourne ces obstacles et offre des bénéfices indéniables. Pourtant, elle reste minoritaire dans notre pays.

Mais la technique pose des problèmes d’ordre social. Les sociétés occidentales ne sont pas préparées, ni structurées, pour faciliter ces approches. « Dans mes études interculturelles - par exemple, dans le sud du Mexique, en Afrique et dans les îles japonaises - les mères suivent des traditions séculaires, portant leurs bébés dans une écharpe. Lorsqu'elles sentent les signaux internes de leurs bébés qui indiquent qu'une production est à venir, ils les précipitent au bon endroit et les tendent. […] Les parents qui ont utilisé cette approche décrivent avoir porté leur bébé pendant une grande partie de sa première année, le tenant au-dessus d'un pot chaque fois qu'il semble signaler que le moment est opportun. Après un certain temps, ils peuvent le mettre à terre, mais vont le voir toutes les 1 à 2 heures pour le tenir sur le pot. Le bébé coopère en urinant ou en allant à la selle. »[9]. Les pères et mères en Occident ont rarement la possibilité de porter leur enfant pendant cette première année (sauf si l’un des parents décide de prendre un congé parental, ce qui peut conduire à des conditions de précarité), car il n’est pas de travail où cela soit toléré, et les crèches n’acceptent généralement les bébés sans couches que lorsqu’ils sont parfaitement propres. La meilleure acceptation du télétravail, faisant suite à la crise sanitaire récente, pourra sans doute permettre à un plus grand nombre de familles de se laisser tenter par l’HNI, mais il est également possible d’adapter l’HNI en la faisant évoluer et en la pratiquant « à temps partiel » chez des parents ayant repris le travail[10]. En Côte d’Ivoire, où les parents doivent travailler tous les deux pour subvenir aux besoins de leur famille (souvent nombreuse), l’HNI est rendue possible par le portage sur le dos des nourrissons par leurs nourrices qui mettent tout en place pour ne pas recevoir d’excréments sur elles (elles complètent l’HNI avec la pratique de lavements)[11]. Enfin, la pratique de l’HNI - "flairer chaque signe avant-coureur de caca" - semble plus chronophage et impliquant pour les mères que l'usage des couches jetables, ce qui n’est pas sans questionner les défenseur.se.s de la cause féministe[12].

Quoi qu’il en soit, le fait d’élever ses enfants sans couche a été redécouvert plutôt qu’importé du bout du monde. Certains témoignages rapportent l’usage de la pratique dans le massif des Bauges. Les sols en terre battue permettaient aux enfants en robe – filles ou garçons – de faire pipi où ils voulaient. En extérieur, l’absence de couches suivait cette même logique et permettait d’avoir les enfants sous les yeux lors du travail dans les champs. Il semblerait même que le pantalon fendu (que l’on trouve aujourd’hui sous l’appellation de pantalon chinois) était déjà employé. Dans d’autres régions françaises, l’usage du lange semble séculaire, témoignages et ouvrages en attestent. En revanche, l’entraînement précoce à l’hygiène infantile était généralisé avant l’usage massif des couches jetables dans les années 50. Il n’était alors pas question de “communication” comme aujourd’hui en HNI, mais plutôt de “dressage”, comme en témoigne cet extrait d’un livre à visée médicale de 1922 : “La défécation du nourrisson est un acte purement réflexe. Ce n’est que vers six mois, en général, que l’on peut habituer l’enfant à avoir des selles à heures fixes, permettant d’éviter la souillure des langes. C’est une habitude que l’on doit faire contracter le plus tôt possible à l’enfant ; et cela est très aisé si on y met de la patience et de la ténacité. Il suffit de présenter chaque jour aux mêmes heures l’enfant sur le vase. Il comprend rapidement ce qu’on lui demande et, chez un enfant de 5 à 6 mois, le dressage peut être fait en quinze jours à trois semaines.”[13]

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Source : gallica.bnf.fr petit garçon en robe, cliché pris dans les années 1880.

Bibliographie

[1] English R. (2016). Toilet training from birth? It is possible, The conversation.

[2] Guillaume N. (2020). Pratiquer l’hygiène naturelle infantile (HNI), partie 1, Grandir Autrement, n°80.

[3] Bauer I. (2006). Sans couches c’est la liberté ! À la redécouverte de l’Hygiène Naturelle Infantile. ed. L’instant présent.

[4] Theveniau N, Boisgontier MP, Varieras S, Olivier I. (2014). The effects of clothes on independent walking in toddlers, Gait Posture, 39(1):659–661

[5] Holsenback H, Smith L, Stevenson MD. Cutaneous abscesses in children: epidemiology in the era of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in a pediatric emergency department. Pediatr Emerg Care. 2012;28(7):684–686

[6] Duong TH, Jansson UB, Holmdahl G, Sillén U, Hellstrom AL (2010). Development of bladder control in the first year of life in children who are potty trained early. J Pediatr Urol., 6(5):501–505

[7] Li, X., Wen, J.G., Shen, T. et al. Disposable diaper overuse is associated with primary enuresis in children. Sci Rep 10, 14407 (2020).

[8] Ibid.

[9] Traduit de l’anglais - Brazelton TB, Sparrow J. (2006), Families today: a new/old way to toilet-train baby. Deseret News (Salt Lake City). August 14, 2006.

[10] Guillaume N. (2020). Pratiquer l’hygiène naturelle infantile (HNI), partie 2, Grandir Autrement, n°81.

[11] Gottlieb A. (2017), Couches, pots et pantalons fendus : comment on apprend la propreté aux enfants à travers le monde, The Conversation.

[12] Edgard-Rosa C. (2016) Le féminisme est-il soluble dans le caca de bébé, Causette, n°75

[13] Le Conte Boudeville A. (1922), Auprès du Berceau par docteur Antoinette Le Conte Boudeville, ancien interne des hôpitaux de Paris. (extrait p. 18).

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HNI Continence Propreté
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